Batman : The Killing Joke, un film de Sam Liu : Critique

Loin d’être une mauvaise blague

Ça y est, c’est la rentrée ! Ce qui veut dire que la période estivale arrive ici à son terme, après deux longs petits mois de repos bien mérités. Il est donc temps pour les écoliers et autres étudiants de reprendre le chemin de l’école. Et s’ils vont penser à cette nouvelle année scolaire, ce sera également pour eux l’occasion de raconter leurs vacances : ce qu’ils ont fait, où ils sont partis, les gens qu’ils ont croisé… ou bien les blockbusters qu’ils sont allés voir au cinéma. Mais cet été 2016 n’a pas été des plus mémorables en matière de bons divertissements, les films sortis relevant principalement du passable (Insaisissables 2, S.O.S. Fantômes…) ou alors de véritables douches froides (Suicide Squad et Independence Day : Resurgence en tête). Malgré cela, ils ont, comme chaque année, éclipsé la sortie de longs-métrages bien plus méritants, que ce soit en salles ou directement en vidéo (DTV). C’est d’ailleurs en plongeant dans cette dernière catégorie que la rédaction de Cineseries vous propose de conclure la période estivale, avec Batman : The Killing Joke. Un film d’animation parvenu dans nos contrées début août et qui est totalement passé inaperçu aux yeux du public. Il est donc temps de corriger le tir avec cette critique et de vous montrer que, si vous voulez avoir quelque chose à vous mettre sous la dent, il n’est pas nécessaire de toujours se focaliser sur les films à gros budget.

Avant de commencer, il est bon d’expliquer de quoi il est question, surtout pour les profanes du Chevalier Noir. Car The Killing Joke n’est pas un énième affrontement entre Batman et son ennemi de toujours, le Joker, comme le laisse prétendre le synopsis. Il s’agit de l’adaptation d’un des comics les plus acclamés de la franchise, écrit par le grand Alan Moore (V pour Vendetta, Watchmen, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, From Hell…) et illustré par Brian Bolland (Camelot 3000, Judge Dredd…). Dans lequel le face-à-face entre les deux adversaires, sublimement mise en images, servait de prétexte à renforcer la complexité, la maturité, la violence et la puissance de leur mythique relation. Une tâche pour le moins ardue léguée au réalisateur Sam Liu et son équipe pour concrétiser une telle oeuvre ! Un travail qui n’a pas été apprécié par les fans, qui se sont plutôt déchaînés sur ce film d’animation à sa sortie. À juste titre ?

Dans un sens, il est compréhensif de les voir scandalisés de la sorte. Premièrement, le film n’arrive pas à retrouver l’impact de son modèle par ses images, reprenant quasiment à l’identique chaque scène, chaque réplique. Si l’ensemble se montre tout aussi violent, complexe et cru, on ne ressort pas du visionnage aussi sonné que pendant la lecture du comics, n’en retrouvant pas toute sa subtilité ni sa force. Et cela ne concerne que la seconde partie du film, la première étant un long prologue inventé pour ce film, afin de justifier une durée de plus d’une heure. Qui se permet de prendre son temps (même un peu trop) au point de paraître inutile à la seconde et d’être blasphématoire envers les fans en détériorant la relation entre Batman et Batgirl. Sur le coup, oui, nous pouvons comprendre leur déception face à cette adaptation à première vue édulcorée. Mais en voyant l’ensemble d’un autre œil, vous y verrez un film tout aussi respectueux que sincère.

En effet, Sam Liu et le scénariste Brian Azzarello ont eu l’intelligence de viser un public plus large, de ne pas se cantonner qu’aux fan boys. Du coup, les changements vis-à-vis de l’oeuvre sont justifiées voire même excusables. Notamment cette introduction, qui permet ainsi de s’attacher au personnage de Barbara Gordon/Batgirl, de la rendre bien plus complexe et surtout de donner bien plus d’envergure au duel entre le Joker et l’Homme Chauve-Souris. Un constat pour le coup renforcé par cette relation intime unissant la jeune femme avec Bruce Wayne. Donc oui, Sam Liu et Brian Azzarello se sont permis bien des libertés au risque de surprendre en mal les fans. Mais en faisant cela, ils montrent à quel point ils ont compris le sens du mot « adaptation » : reprendre l’histoire de base et apporter quelque chose (ici, des changements, des ajouts) servant à cette dernière. Et que verra alors le public en général ? Une intrigue bien écrite et tortueuse à souhait, qui fait honneur à l’univers sombre et complexe de Batman. Bien loin de la débâcle de Suicide Squad.

Le choix de l’animation confirme également ce fait. Si elle n’est pas des plus spectaculaires (le film n’ayant coûté que 3,5 millions de dollars), elle appuie néanmoins sur ce respect et cette envie de s’ouvrir à un large public qui nourrissent The Killing Joke. Pour cela, il aura fallu à Sam Liu et son équipe de reprendre l’aspect visuel proche de la mythique série animée des années 90 tout en respectant les traits et l’atmosphère du comics d’Alan Moore.  Encore une fois, le rendu final n’est pas sensationnel et peut être une raison au manque d’impact cité plus haut dans la critique. Mais il tient suffisamment la route pour faire honneur à l’univers de Batman tout en restant aussi sombre et pesant que son aîné. Aidé qui plus est par un doublage (original, bien entendu !) aux petits oignons, dominé par les comédiens ultimes des divers produits dérivés de la franchise. À savoir Kevin Conroy dans le rôle du justicier de Gotham et l’inoubliable Mark « Luke Skywalker » Hamill en Joker, dont c’est certainement la dernière collaboration sur ce personnage (l’acteur ayant déclaré vouloir se détacher du rôle).

Batman : The Killing Joke n’est pas la meilleure adaptation des comics Batman, cela va sans dire. D’autant plus qu’elle se retrouvait de base avec un sérieux handicap, celui de s’attaquer à une oeuvre de très haute volée. Mais hormis cela, elle finit par être un divertissement pensé et travaillé comme il se doit, ne trahissant jamais l’essence de son modèle et voulant à tout prix faire découvrir ce dernier à un plus large public. Une intention des plus louables qui donne envie de découvrir les autres films d’animation portant sur le Chevalier Noir et de mettre de côté les blockbusters à la Suicide Squad, bâclés et charcutés comme ce n’est pas permis.

Synopsis : Alors que la jeune Barbara Gordon, alias Batgirl, vit une situation compliquée avec son complice Bruce Wayne/Batman, et fait tout pour impressionner ce dernier en tentant de régler elle-même une affaire mafieuse. Mais tout va basculer le jour où le Joker, jusque-là enfermé à l’asile d’Arkham, parvient à s’échapper pour prouver que n’importe qui peut sombrer dans la folie, en ayant le commissaire Gordon dans sa ligne de mire…

Batman, The Killing Joke : Bande-annonce

Batman, The Killing Joke : Fiche technique

Réalisation : Sam Liu
Scénario : Brian Azzarello, d’après les personnages créés par Bob Kane, Bill Finger et Jerry Robinson, et d’après l’oeuvre éponyme d’Alan Moore et Brian Bolland
Doublage : Kevin Conroy/Emmanuel Jacomy (Bruce Wayne/Batman), Mark Hamill/Marc Saez (le Joker), Tara Strong/Véronique Picciotto (Barbara Gordon/Batgirl), Ray Wise/Gabriel Le Doze (le commissaire Gordon), John DiMaggio/Vincent Grass (Francesco), Robin Atkin Downes/Jean-Claude Sachot (l’inspecteur Bullock), Brian George/Jacques Ciron (Alfred Pennyworth), JP Karliak/Benoît Rivillon (Reese)…
Montage : Christopher D. Lozinski
Musique : Kristopher Carter, Michael McCuistion et Lolita Ritmanis
Producteurs : Bruce Timm et Sam Register
Productions : Warner Bros. Animation et DC Entertainment
Budget : 3,5 M$
Distributeur : Warner Home Video
Genre : Animation
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 3 août 2016, en DTV

États-Unis – 2016

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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